Le feuilleton d’une transmission / reprise
Episode 4 : Closing, accompagnement et...nouvelles vies...
Depuis le mois de septembre, via le lettre Bien céder, mieux reprendre, les CCI d’Alsace vous ont proposé le feuilleton romancé d’une transmission / reprise d’entreprise.
Dans les rôles principaux : Michel KLEIN, dirigeant de l’entreprise de production d’emballages, Plastried, et Jérôme RUBENS, ex-cadre chez un équipementier automobile, candidat à la reprise d’une PME en Alsace.
De leur préparation respective à la période d’accompagnement, en passant par leur première rencontre, la négociation et le montage de projet, découvrons grâce à eux les secrets d’une transmission d’entreprise réussie.
Dans ce quatrième et dernier épisode, nous retrouvons nos deux protagonistes pour la signature de l’acte de cession et la reprise effective de la société.
A retenir :
- La cession ne devient effective qu’à la signature de l’acte de vente
- Pour un cédant, se préparer à la sortie de l’entreprise est essentiel : passions personnelles, activités sportives, temps passé avec ses proches, investissement associatif, aide à l’entrepreneuriat… projetez-vous sur « l’après entreprise ».
- Il n’existe pas de règles en matière d’accompagnement post-cession, même si un minimum s’impose : rencontre des principaux fournisseurs et clients, présentation aux partenaires, établissements de devis, transfert de savoir-faire, etc.
- Pour un repreneur, réussir son entrée est déterminant pour la suite, notamment par les premiers contacts avec l’équipe.
Et bien entendu, toute ressemblance avec des personnes physiques ou morales, ou avec des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite…
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Michel KLEIN et Jérôme RUBENS sont désormais tout proches du but. Aujourd’hui est un grand jour, ils ont rendez-vous pour signer l’acte de cession de la société Pastried.
Pour Jérôme RUBENS, que de temps et d’énergie passés depuis le début de son projet de reprise. Il y eu d’abord cette phase de réflexion et d’élaboration de son projet, phase qui lui a permis de gagner du temps et d’être à la fois plus efficace et plus crédible dans sa recherche. Puis il y eut la phase sans doute la plus difficile, la phase d’identification d’éventuelles entreprises à reprendre. En se préparant ce matin, Jérôme RUBENS se remémore les moments de découragement, les journées successives sans aucune piste, les dirigeants rencontrés même plusieurs fois mais qui s’avèrent au final ne pas vouloir vendre. Et puis il y eut la rencontre avec une société, Plastried, et un homme, son dirigeant, Michel KLEIN. Rencontre déterminante, LA bonne rencontre. 18 mois au total se sont écoulés depuis le début de son projet, et aujourd’hui, enfin, Jérôme RUBENS s’apprête à concrétiser son rêve : devenir patron d’une petite entreprise.
Pour Michel KLEIN, la réflexion aura été initiée il y a encore plus longtemps. Il y eut d’abord cette vague idée que « peut-être », « éventuellement », il serait « souhaitable » de se pencher sur la question de la transmission de son entreprise. C’est son épouse la première qui lui en a parlé et qui a souhaité le convaincre de « passer la main », idée battue en brèche dans un premier temps, puis qui a fait progressivement son chemin. Il y a deux ans, le renoncement de son fils à reprendre l’entreprise et quelques petits ennuis de santé l’ont définitivement convaincu de devoir accélérer le processus. Michel KLEIN s’est petit à petit préparé à l’idée de transmettre son entreprise, de ne plus y travailler quotidiennement, après pourtant tant d’années à œuvrer à son développement, à ne jamais compter les heures, à travailler même les weekends, à surmonter les moments difficiles… Il est parvenu un jour à se projeter sur une vie sans l’entreprise, à concevoir qu’un « après » était possible. Après tout se répète-t-il encore ce matin, « il n’y a pas que le travail dans la vie », et quand je pense aux nombres de fois où je me suis dis « vivement la retraite ! ». « Cette fois-ci tu y es » se dit-il, « tu vas enfin avoir du temps pour toi et ta famille, et pour toutes ces petites passions que tu n’a jamais eu le temps d’assouvir ».
Le rendez-vous a lieu à 11h au bureau de Christian MULLER, conseil du bientôt ex-dirigeant de Plastried. L’acte de cession est prêt à être signé.
M. MULLER ouvre la discussion :
- « Messieurs, M. MUQUET et moi-même vous avons fait parvenir un exemplaire de l’acte de cession, suite aux négociations entamées entre vous il y a de cela 4 mois. Avez-vous des remarques particulières à formuler avant que nous passions à la signature de cet acte ?
- « 4 mois déjà » lance Michel KLEIN, « comme le temps passe vite… En ce qui me concerne, je n’ai pas de remarques. L’ensemble des points abordés lors de notre négociation ont été repris. Au-delà de ce papier, je dois cependant admettre que la décision est dure à prendre, et que ça n’est pas sans un pincement au cœur que je vais le signer… C’est vraiment là que je me rends compte que dans 5 minutes, Plastried ne sera plus à moi…»
- « Pour moi non plus, pas de problèmes » lance Jérôme RUBENS. « J’imagine effectivement que ce jour n’est pas un jour comme les autres pour vous M. KLEIN. Pour moi aussi. Je me rends compte de la tâche qui m’attend, mais sachez que je saurai me montrer à la hauteur de votre confiance, Plastried va continuer sur sa lancée, je suis très fière de reprendre votre entreprise. Et puis rappelez-vous que je vais tout de même encore avoir besoin de vous, au moins pour la période d’accompagnement prévue de trois mois. Mais au-delà, sachez que vous serez toujours le bienvenu, d’ailleurs je ne me priverai pas de vous solliciter si j’ai besoin d’un conseil ».
- « N’hésitez pas, après tout, si je peux encore me rendre utile à Plastried, j’en serai ravi. Je suis satisfait que ce soit vous qui repreniez mon chère Jérôme, car voyez-vous, je sais que vous parviendrez à faire quelque chose de bien avec cette société. Quant à moi effectivement, c’est la vie, il faut savoir passer la main, le mieux étant de le faire dans de bonnes conditions, et avec vous je suis confiant ! »
- « Dans ce cas Messieurs, si tout le monde est d’accord, je vous propose de signer et de parapher le document que voici » indique Christian MULLER.
L’instant est solennel, Michel KLEIN et Jérôme RUBENS sont concentrés, on entend plus que le faible crissement des feuilles et des stylos.
- « Bien, merci. Que diriez-vous de fêter cela avec du champagne, ça n’est pas tous les jours que l’on vend une entreprise » lance Christian MULLER tout en se levant.
Des coupes sont sorties, le champagne servi.
- « Buvons à l’avenir de Plastried » dit Jérôme RUBENS
- « Buvons à votre pleine réussite » répond Michel KLEIN ému.
Les jours qui suivront seront passés par les conseils des deux parties à réaliser le « closing », autrement dit les formalités administratives propres à la cession, notamment la déclaration auprès du bureau de l’administration fiscale et l’immatriculation auprès du CFE qui se chargera de relayer les données transmises à l’URSSAF, l’INSEE, le registre du commerce, les caisses de retraite, etc.
Ce matin de novembre, Jérôme RUBENS se gare sur le parking de Plastried, non plus comme simple visiteur, ni même comme potentiel futur acquéreur, mais comme dirigeant de l’entreprise. Michel KLEIN le reçoit. Ils ont prévu de passer la journée à passer en revue les principaux dossiers du moment, en particulier le lancement en production d’une commande client et la réponse à deux nouveaux devis. Mais avant cela, M. KLEIN a réuni l’ensemble du personnel de Plastried dans l’atelier. Il souhaite officiellement leur annoncer son départ et leur présenter Jérôme RUBENS.
- « Je serai bref, vous savez que les discours, ce n’est pas mon truc. Je vous présente Jérôme RUBENS, que vous avez sans doute déjà eu l’occasion de croiser ces dernières semaines. Comme vous vous en doutiez très certainement, à maintenant 63 ans, il était temps pour moi de commencer à passer la main et à trouver un successeur. Ce successeur, je l’ai trouvé, non sans peine je dois dire, mais le voilà, il s’agit de Jérôme RUBENS, ici présent. J’ai donc pris la décision de quitter l’entreprise, et Monsieur RUBENS a toute ma confiance pour continuer l’aventure avec vous. Certains d’entre vous me connaissent depuis plus de 20 ans, et vous savez tous à quel point j’ai aimé travailler à vos côté, en équipe. Cette décision a été difficile et j’ai rencontré plusieurs candidats avant M. RUBENS. Sachez que c’est le plus apte de tous et que je suis certain qu’il sera en mesure d’assurer la pérennité de l’entreprise et le maintien de vos emplois. Aussi je vous demanderai de réserver le meilleur accueil à votre nouveau patron. Merci à vous pour toutes ces années, et bon vent à vous M. RUBENS ! »
Des applaudissements accueillent la fin du discours de Michel KLEIN. Dans la salle, l’émotion semble prendre le pas sur la surprise. Il faut dire que Michel KLEIN avait pris soin, sans détailler son projet, de rassurer ses employés sur l’avenir de la société. Certains l’avaient déjà sondé sur ce qu’il comptait faire d’ici quelques années, s’inquiétant personnellement pour leur emploi. Dès qu’il a su qu’il se mettrait en quête d’un acquéreur, il n’a eu de cesse de répéter à ses salariés que sa principale motivation serait quoi qu’il arrive de s’assurer de la pérennité de l’entreprise.
Jérôme RUBENS prend alors la parole
- « Merci M. KLEIN, merci pour votre accueil. Plastried est une entreprise dont vous pouvez et devez tous être fières. J’ai trouvé l’entreprise que je recherchais : un secteur d’activité que je maîtrise, un savoir-faire, une équipe motivée et impliquée. Tout cela en partie grâce à vous, et bien entendu grâce à vous M. KLEIN. Mon objectif sera de continuer ce que vous avez entrepris, et de faire en sorte que tout le monde continue à se sentir aussi bien demain qu’aujourd’hui. Ce ne sera pas facile, rien n’est jamais facile dans une entreprise, mais tous ensemble nous pourrons y arriver. Je compte donc sur vous tous pour m’aider à poursuivre l’aventure et continuer à développer l’entreprise, car beaucoup de nouvelles opportunités nous tendent les bras, à condition de nous donner les moyens de pouvoir les saisir. »
Tout le personnel applaudit à nouveau. Alors que tout le monde reprend le travail, Michel KLEIN et Jérôme RUBENS décident de faire le tour de l’atelier et des bureaux pour se présenter plus personnellement à chacun.
L’après-midi est passée en production ainsi qu’à répondre à deux devis, comme prévu. Mais il aura aussi fallu relancer en urgence un fournisseur n’ayant pas encore expédié la marchandise commandée, et gérer un léger souci de maintenance sur une machine d’extrusion. Il est 18h lorsque tout le monde s’en va. Michel KLEIN a prévu d’accompagner son épouse au théâtre ce soir, il a à cœur de ne pas rentrer trop tard.
- « A demain M. KLEIN, merci pour ce temps passé à m’expliquer les choses, votre accompagnement est extrêmement précieux pour moi ».
- « C’est bien normal mon cher Jérôme, j’espère que vous ne regrettez pas déjà ? »
- « Absolument pas, au contraire, c’est exactement ce que j’imaginais et souhaitais »
- « Bien, alors je vous laisse, ce bureau est désormais le vôtre. Demain je vous propose que nous passions du temps à planifier nos déplacements de la semaine prochaine auprès des principaux clients stratégiques de l’entreprise, car je compte bien vous présenter à chacun d’entre eux, qu’en dites-vous ? »
- « J’en dis que cela me conviens parfaitement, c’est effectivement primordial pour moi »
- « Ah, par contre, je voulais vous dire, je crois que je ne serai pas là lundi prochain, je vais voir mon fils, et nous allons certainement prolonger le weekend d’une journée…ça ira ?
- « Ne vous inquiétez pas M. KLEIN, ça ira parfaitement »
- « Vous voyez, je commence vraiment à me faire à l’idée de décrocher, la preuve non ? »
La discussion est interrompue par le téléphone qui sonne.
- « Je file, à demain », lance M. KLEIN
- « Oui à demain, bonne soirée et bon spectacle »
Jérôme RUBENS décroche d’un geste vif
« Plastried bonjour, Jérôme RUBENS à l’appareil »
Notre nouveau chef d’entreprise est en ligne avec son premier nouveau client, le début espère-t-il d’une longue série.